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  • : Les Échinides fossiles du Kimméridgien de Charente-Maritime
  • Les Échinides fossiles du Kimméridgien de Charente-Maritime
  • : Bienvenue sur ce site web qui se propose de vous présenter les différents fossiles présents dans les niveaux Kimmeridgiens de Charente-Maritime. Bonne visite.
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Association DINOLÉRON

1.jpg(cliquez sur l'image)

Association pour la promotion de la paléontologie

sur l'île d'Oléron !

paléontologie 17

Installé 49 Avenue Proudhon, le club de paléontologie de La Rochelle regroupe les passionnés et collectionneurs de fossiles locaux. Association née en 1983, ce club se compose de membres actifs et soucieux de partager leur passion.

Des réunions sont organisées le mercredi soir, toutes les trois semaines afin de prévoir les sorties sur le terrain dans le but de collecter les fossiles de la région Centre-Ouest. Au programme :

- analyse et détermination des noms scientifiques des specimens récoltés

- Préparation d'articles, de publications et de conférences en relation avec des scientifiques

- Echange d'échantillons en vue de collections systématiques

Comment contacter le club ?

aurelien.morhain@club-internet.fr

Événement !

fossiles-16.jpg

Retrouvez-nous dans le prochain numéro de la revue Fossiles

(Fossiles n°16)

Un article sur le Kimméridgien inférieur terminal (sous-zone à Chatelaillonensis)

de

Charente-Maritime

26 octobre 2006 4 26 /10 /octobre /2006 09:54

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Carentonosaurus mineaui

gen. et sp. nov

du Cénomanien du sud-ouest de la France

 

______________________

 

 

 

Introduction : poursuivant notre inventaire des découvertes paléontologiques faites dans notre région, nous rapportons ici celle de Carentonosaurus mineaui, une nouvelle espèce de squamate varanoïde fossile de la famille des Aigialosauridae dont de nombreux restes ont été découverts au sein des couches argilo-sableuses du Cénomanien de l'île Madame en Charente-Maritime. Celle-ci vient compléter notre connaissance du Cénomanien moyen et supérieur local, pour lequel un riche matériel fossile d’origine marine et continentale était déjà recensé par les auteurs anciens. 

 


Mots-clés : Crétacé, Cénomanien, pachyostose, squamate varanoïde.

 

 

Retrouvez ci-dessous nos articles liés à celui-ci :

Hommage à Alcide d'Orbigny

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Arcantiodelphys marchandi du Cénomanien d'Archingeay

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Le Museum d'Histoire Naturelle de La Rochelle

Le synchrotron de Grenoble : la haute technologie au service de la paléontologie

 

 


Le Cénomanien de l’île Madame.

 

Bref historique.


          L’île Madame ainsi que l’ensemble de la côte aunisienne aux alentours de la presqu’île de Port-des-Barques a été peu étudiée. Le premier à s’y intéresser d’un point de vue naturaliste est Alcide d’Orbigny : originaire de La Rochelle, ce grand scientifique a beaucoup fouillé le rivage charentais et il affectionnait tout particulièrement le secteur de l’île Madame où il se rendait souvent. Il récolta là bas de très nombreux fossiles dont certains ont été étudiés et figurés dans sa « Paléontologie Française, ou Description zoologique et géologique de tous les animaux, mollusques et rayonnés fossiles de France » ((1853-1855), poursuivie par G.Cotteau (1883)). A la même période la Société des sciences naturelles de la Charente-inférieure, très active durant le 19e siècle, organise de régulières excursions et notamment sur le secteur de Port-des-Barques et de l’île Madame. Les archives de cette dernière comportent donc de nombreux compte-rendus d’excursions dont certains ont été rédigés par des personnages bien connus de l’histoire locale : Beltrémieux, Collot, Duval-Laguierce… Ce secteur semble ensuite avoir été boudé par les naturalistes car ce n’est qu’au début des années 1970 que des travaux scientifiques ont de nouveau été menés sur le Cénomanien charentais : en 1972, Marguerite Corlieux propose un aperçu de la géologie de cette partie du littoral charentais et analyse son contenu paléontologique. Dans les années 80 ensuite, Pierre Moreau entreprend une étude plus précise et synthétique sur le Cénomanien de la région (qui aboutit finalement à la présentation d’une thèse en 1993). En 1989 enfin, Didier Néraudeau propose une étude portant sur la paléoécologie du Cénomanien de la région, incluant le gisement de l’île Madame (Moreau et Néraudeau, 1989).

 


Stratigraphie.  


          Le Cénomanien charentais est divisé en 7 unités stratigraphiques. Celles-ci ont été établies par Moreau dans les années 70 puis régulièrement révisées jusqu’en 1997 (Moreau (1977, 1978, 1993), Néraudeau et Moreau (1989) Néraudeau et al. (1997)).

 

Carentonosaurus-mineaui2.jpgCoupe stratigraphique du Cénomanien charentais et position stratigraphique des restes fossiles de Carentonosaurus mineaui découverts dans l'île Madame.

(From : Rage JC., Néraudeau D., A new pachyostotic squamate reptile from the Cenomanian of France, 2004).

 

 

Légende : A et la base de l’unité B correspondent au passage Albien-Cénomanien ; B correspond au Cénomanien inférieur ; C correspond au Cénomanien moyen ; D, E, F, et G correspondent au Cénomanien supérieur.

 

- A, ensemble sablo-argileux lignitifère (absent sur l’île Madame) ;

- B1, alternance de calcaires bioclastiques et de calcaires plus fins (absent de l’île Madame) ;

- B2, argiles bleues feuilletées à la base de la sous-unité puis sables glauconieux et retour des argiles feuilletées au sommet de la sous-unité (première sous-unité visible sur l'île madame) ;

- B3, (les dépôts deviennent beaucoup plus carbonatés) alternance de calcaires et de bancs argileux ;

- C1, barre carbonatée avec calcaires à rudistes (Ichthyosarcolites, sphaerulites) et passées marneuses riches en Ostrea ;

- C2, ensemble marneux avec abondance de terebratules et d'huîtres et calcaires gris marqués par une plus forte influence récifale.

- C3, riche en rudistes et autres organismes bio-constructeurs (restes de constructions récifales) ;   

- C4 puis D, sables argileux fins se transformant en calcaires vers le sommet ;

- E, transgression cénomano-turonienne avec calcaires sableux puis marneux à huîtres ;

- F, calcaires à rudistes puis passage à des calcaires marneux blancs riches en huîtres ;

- G, calcaires marneux riches en exogyres puis calcaires crayeux et argileux vers le sommet de la sous-unité (absent de l’île madame).

 


Découverte et description de Carentonosaurus* mineaui* gen. et sp. nov.


Reptilia, Laurenti, 1768

Squamata, Oppel, 1811

Varanoïdea, Gray, 1827

Pythonomorpha, Cope, 1869

(Retrouvez une fiche d'identification de l'espèce ici : Paleobiology Database).

 

« *Carentonaosaurus » : nom de genre créé en référence au fleuve Charente.

« *mineaui » : nom d’espèce créé en hommage à la famille Mineau, exploitants salicoles et famille vivant sur l’île Madame.


          Les restes de ce varan aquatique de la famille des Aigialosauridae (Lee, 1997) ont été découverts par plusieurs personnes (paléontologues et collectionneurs privés) dans le Cénomanien de l’île au cours des années 90 (d’autres restes de cet animal ayant également été découverts en Charente et dans le département de la Sarthe). Il s’agit de restes squelettiques éparses : de nombreuses vertèbres (49),  une côte, et un  fragment de ceinture pectorale. Ils ont été extraits de niveaux marno-sableux appartenant à la base du Cénomanien supérieur (Unités C4ms et Dm) et au dernier niveau du Cénomanien moyen (C3C). La faune et la flore associée se composent de nombreux tests d’échinides, de coquilles, de céphalopodes (Nautilus triangularis, Thomelites cf lattense, Pseudo-Calycoceras  sp.), de  fragments de végétaux (Frenelopsis, Araucarioxylon), suggérant un milieu de dépôt relativement agité et proche des littoraux. On suppose donc fortement qu’il s’agisse d’un animal aquatique.

 

NRAUDE-1.JPGReconstitution de Carentonosaurus mineaui, squamate varanoïde du Cénomanien supérieur du sud-ouest de la France.

Réalisation : D.Néraudeau.


          L’analyse de ces restes et en particulier des vertèbres, a révélé des particularités anatomiques singulières chez cet animal : ces dernières possèdent en effet des particularités à la fois caractéristiques de la famille des lézards et de celle des serpents. Les vertèbres découvertes provenant de différentes parties du squelette (dorsales, cervicales, sacrales et caudales) présentent de grandes différences dans leur densité osseuse : les scientifiques ont découvert que les vertèbres dorsales de cet animal étaient fortement pachyostotiques (forte densité osseuse) à l’inverse des vertèbres cervicales, caudales et sacrales dites non-pachyostotiques – une singularité anatomique qui n’avait pas encore été reconnue chez les squamates. Cette pachyostose, qui ne doit pas être entendue dans un sens pathologique et qui ne touche donc que certaines parties du squelette de ce lézard marin, reste pour le moment une énigme. D’après Nopcsa (1923) ce phénomène touche exclusivement les animaux qui se sont réadaptés à un mode de vie aquatique. Dans le cas de Carentonosaurus mineaui, le caractère incomplet de la pachyostose serait une preuve de son imparfaite adaptation à la vie aquatique. Il s’agirait en somme d’une forme évolutive intermédiaire. Pour de Buffrénil enfin (1990), la pachyostose pourrait avoir eu un rôle important au niveau fonctionnel, permettant la vie de l'animal sous l'eau, en agissant par exemple comme des ballasts. 

 

Carentonosaurus-mineaui.jpgVertèbre de Carentonosaurus mineaui. Coll. R.Houssineau.

Cliquez sur l'image pour découvrir d'autres restes fossiles de cet animal.


          Les scientifiques ayant analysé ces restes (JC Rage & D.Néraudeau) ont tenté une hypothétique reconstitution de cet animal, basée sur d’autres restes d’individus de la même famille. Un schéma réalisé par D.Néraudeau vous est proposé plus haut. L’allure générale rappelle celle d’un varan actuel : sa longueur maximale est estimée à un peu plus de 70 centimètres de long et il devait posséder des pattes palmées ainsi qu’une longue queue, faisant de cet animal un bon nageur. Sa cage toracique était relativement comprimée (comme c'est encore le cas aujourd'hui pour beaucoup de lézards aquatiques). Son crâne devait être petit et de forme allongée et ses mâchoires munies de dents pointues. L’animal devait vivre près du littoral, au sein d’environnements chauds et peu profonds, à proximité de côtes rocheuses, où il chassait sa nourriture.

 

Retrouvez ci-dessous nos articles liés à celui-ci :

Hommage à Alcide d'Orbigny

L'ambre albo-cénomanien des Charentes

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Éléments paléo-environnementaux. 

 

          Le Crétacé inférieur dans le nord du Bassin Aquitain est marqué par le retour du milieu marin après une longue période d’émersion durant la fin du Jurassique supérieur. A partir de l’Albien basal une transgression ennoie le territoire des Charentes et crée de vastes zones lagunaires de haut-fond et des zones estuariennes, influencées par la proximité d’apports continentaux – conditions environnementales qui vont perdurer pendant le Cénomanien (Moreau, 1993 ; Néraudeau et al., 1997 ; Néraudeau et al., 2002). La région est alors marquée par une grande phase de réchauffement global avec une température moyenne mondiale supérieure de 5 à 6 degrés à la moyenne actuelle. Jusqu’au milieu du Cénomanien supérieur, les Charentes constituent alors un vaste territoire parsemé d’archipels et de lagons, baignés par des eaux chaudes et peu profondes. Ces conditions environnementales vont perdurer jusqu’à la fin du Cénomanien supérieur, qui connait alors une vaste transgression marine (conséquence de la fonte progressive des glaces polaires) conduisant à une immersion totale de la région et à la création d’environnements profonds éloignés des littoraux.

 

          Les différentes unités reconnues dans les niveaux géologiques de l’île Madame mettent en évidence ces évolutions de l’environnement : la série débute par des faciès estuariens et fluviatiles (Unité A et partie inférieure de l’unité B) puis passe rapidement à des milieux à caractère plus marin, proches de littoraux et influencés par le balancement des marées (hydrodynamisme fort). A partir de la sous-unité C3 le climat devient plus tropical avec des eaux peu profondes et la généralisation de constructions récifales entrainant la création de bassins internes type lagons, influencés par des décharges continentales importantes (depuis la sous-unité C3 et jusqu’à l’unité D). Les dépôts de cette période ont livré une riche faune fossile : de nombreux tests d’échinides aux espèces variées (parfois de grande taille), des rudistes, des céphalopodes et des coquilles de mollusques sans oublier des restes de vertébrés tels que ceux de Carentonosaurus mineaui.

 

          La fin de la série est finalement marquée par un nouvel épisode transgressif (sous-unités E, F et G) faisant disparaître les habitats récifaux dans la région. L’environnement marin est alors plus profond (une dizaine de mètres), (infralittoral) et plus calme. La transgression connaît son maximum pendant l’unité G dont les dépôts circalittoraux mettent en évidence un grand approfondissement du milieu (une centaine de mètres de profondeur).

 

 

Pour aller plus loin.

 

- Une fiche d'identification de Carentonosaurus mineaui sur le site web "Fossilesdes2Charentes" (par Romain et Renaud) : Cliquez ici

 

- Des photographies de restes fossiles appartenant à Carentonosaurus mineaui, sur le site web "les Mondes disparus", par Romain : Cliquez ici

 

 

Références bibliographiques. 

 

- Vullo R., Les vertébrés du Crétacé Supérieur des Charentes (Sud-Ouest de la France) : biodiversité, taphonomie, paléoécologie et paléobiogéographie), 2005. 

 

- Rage JC., Néraudeau D., A new pachyostotic squamate reptile from the Cenomanian of France, 2004.

 

- Houssaye A., de Buffrénil V., Rage JC., Bardet N., An analysis of vertebral “pachyostosis” in Carentonosaurus mineaui (Mosasauroidea, Squamata), from the Cenomanian (Early Cretaceous of France, with comments on its phylogenetic and functional  significance, Journal of Vertebrate Paleontology 28(3):685–691, September 2008.

 

- Notice géologique n°658 (Rochefort, 17) de la carte géologique de la France au 1/50 000; BRGM.

 

- Vullo R., Rage JC., and Néraudeau D., Anuran and squamate remains from the Cenomanian (Late Cretaceous) of Charentes, western France ; Journal of Vertebrate Paleontology, 2011.

 

 

 

 

 

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